Parcourir une plaque avec un texte c'est s'apercevoir très vite, que si on veut donner un sens visuel fort, utile pour ce qui est en cours, il faut noter les allers-venues de ce texte qui est écrit en finalité dans le cuivre.
Le travail de préparation je le faisais dans mes carnets, il me fallait avant de mettre la pointe dans le vernis savoir quelle route j'allais empreinter pour que, jamais, mon chemin ne m'égare.
Il me fallait donc, avant de voir ma botte de foin montée, la démonter mentalement brin à brin.
Anticiper est le maître mot en gravure, anticiper les creux, les blancs, les failles qui accueilleront l'encre, anticiper le papier, ses réactions.
Il faut donc aller à la plaque de l'origine noyée pour voir, pour décrypter comment est venu le texte, dans quel ordre il a été écrit sur la plaque pour comprendre pourquoi il n'y a pas de crevés...mais "la technique ne justifie rien", comme m'a dit si justement Mr Cotensin de la galerie Lelong, l'image marche ou ne marche pas.
...et ce pubis naît, même en relevant cette femme couchée, même en donnant un ordre mathématique, contrariant l'ordre artistique, le sexe de cette femme revient.
Je cherchais l'origine du monde ailleurs, et le voilà qu'il m'est rebalancé entre des jambes..
Personne n'a jamais dit qu'il fallait, en gravure, imprimer en noir, et exclusivement en noir, qu'il fallait utiliser du papier blanc..ma foi allons-y alors..pourquoi se cantonner à ?
Là, je touche quelque chose de marrant, de juste il me semble: effrayer l'oeil c'est dédramatiser cette technique, que le spectateur dise..."c'est quoi ? ".
Encre entre jaune et rose, papier rouge, grain serré, presque un bristol.
Le sexe, la planète, l'atmosphère, l'univers, la matière noire qui nous fait flotter, les particules qui nous traversent, il fait nuit loin du soleil, une nuit multiple et synthétisée.
impression blanche +bandelettes blanches en chine collé.
Inverser, montrer le contraire, centrer, rendre l'univers plein une nappe de lait tendre.
papier japon brun , impression blanche + bandelettes blanches.
Sur du papier japon brun clair, qui connaît bien le corps et ses transparences, barder ma fin de plaque de liens, de fils.
Arachnée aussi traverse les espaces pour tenir le temps entre ses pattes de danseuse.
Et sans lumière me reste la question Malévitch, reste la réflexion sur cet Art qu'on dit Concret, ou Abstrait lyrique parce qu'il strie par le pigment, qu'il crée la lumi-ère par le creux...lorsque je sangle bien tout, le papier tire, jusqu'à presque péter les dessous indispensables, voilà ma morale, le texte fusionne, il reste la concrétion...qu'ils l'appellent comme ils veulent je m'en fiche...le papier primordial a tenu le coup.
Réécrire, reprendre depuis le début c'est poursuivre, c'est ouvrir la possibilité d'une autre porte, jusque là invisible.
En ayant pour obligation de compléter cette série de l'origine pour aller vers le livre unique, j'ai dû signifier dans une seule plaque tous mes chemins pris.
La plaque, le texte, le sens de l'écriture, les parties de ces gravures qui seront découpées, la couleur qui sera donnée aux personnages qui seront le centre du livre unique.
Lorsque la fin arrive tout s'amoncelle au centre, comme des personnages qui cherchent l'air dans une pièce à l'air empoisonné.
stade 1, noyer une plaque sous la marée de l'aquatinte.
Tuer une plaque n'est pas si simple, enfin, si, c'est simple, suivant la vie qu'elle a eu il faut trouver le moyen en adéquation avec ses histoires passées, pour qu'elle disparaîsse en paix.
Ce long vase rectangle m'a paru clair: il me fallait le remplir...pour y plonger des fleurs ?, non pour passer à autre chose.
J'ignorais absolument que j'allais faire mourir, 3 ans plus tard d'autres plaques avec de l'aquatinte ( voir "Un jour")..sous les doigts c'est râpeux comme une langue de chat, c'est usant à l'essuyage...